mercredi 25 avril 2007

La médecine du cochon d’Inde


Ce matin, j’ai accompagné Padre Pierrick se faire faire une « limpieza de cuy ». Sympa comme programme ! Mais il faut que je vous explique.
La « limpieza », c’est une des techniques de la médecine andine, qui consiste en un « lavement » spirituel et energetique.
Quand elle est exercée avec le cuy (un cochon d’Inde), elle consiste à rechercher, par l’étude des entrailles de ce petit animal, dans quelle partie du corps se trouve le mal, la mauvaise énergie.

Je vais plutôt entrer dans le détail, pour être plus claire.

Tout se passe dans la cuisine des parents de Carmen, dans la communauté indigène de Rumipamba. La cuisine, c’est une petite bâtisse en terre et chaume, avec au milieu un petit feu au bois, une pièce complètement enfumée.


On y arrive à 7 heures du matin et, comme toujours, on est très bien accueillis. Je viens de prendre mon petit déjeuner, et pourtant, comme d’habitude, impossible de refuser ce qu’on m’offre : frites, riz, oeuf et salade. Mmmmm !!!!!

Et puis la séance commence, orchestrée par Flore, la « guérisseuse ».
Padre Pierrick commence par se poser un Cuy vivant sur le cœur pendant plusieurs minutes.



Puis Flore envoie de la fumée de tabac sur le cuy, et ensuite le baigne dans une mixture de sa propre combinaison (notamment composée de plantes, huile et alcool).
Elle continue en frottant ce cuy enduit sur tout le corps du malade, et crache le feu de l’alcool sur ce meme corps.
Puis s’éclipse derrière la maison pour aller ouvrir l’animal, et examiner ses entrailles.
L’interprétation des entrailles doit révéler où se trouve le mal, selon les parties du corps où le sang s’est répandu.

Elle réapparaît dans la pièce et donne son verdict au patient.
Après, c’est une question de croyance en la technique, pour faire confiance au diagnostic !


Très intéressant en tout cas d’avoir eu la chance de vivre cette méthode ancestrale et qui pourrait bien se perdre si la culture indigène continue à décroître.

Parrainer un lama, ça vous dit ?


Je vous ai déjà raconté dans ce même blog que je travaille ici sur un projet de promotion du lama dans la communauté de Palacio Real. Mais cette histoire de lamas va bien au-delà…

Les populations indigènes d’Equateur rencontrent actuellement de graves problèmes : pauvreté, malnutrition, émigration massive, et perte progressive de la culture indigène.
Pour faire face à ces difficultés, la réintroduction du lama (animal natif qui avait quasiment disparu depuis la conquête espagnole) apparaît comme une réponse durable et adaptée à la culture indigène et à l’environnement. L’animal présente en effet des opportunités à valoriser :
- Faire face à la pauvreté (grâce à la laine de lama utilisée pour la fabrication de vêtements chauds et de produits d’artisanat)
- Enrayer la malnutrition (grâce à la viande de lama qui possède de très grandes qualités nutritionnelles)
- Permettre à la population indigène de se réapproprier sa propre culture
- Protéger l’écosystème (les caractéristiques du lama permettent une meilleure conservation et une revalorisation des sols).

Pour développer cette initiative durable, l’association AHUANA vous propose donc de parrainer un lama.
En faisant un don de 60 € à l’association, vous permettrez à une famille d’un village indigène de Calpi d’acquérir un lama et d’en tirer les bénéfices économiques et sociaux déjà démontrés.
Vous recevrez, par courrier ou par Internet, dans les semaines qui suivent l’acquisition de l’animal, une photo du lama et de la famille qui s’en occupera.

Pour plus d’informations : proyectos@ahuana.com

Si vous souhaitez parrainer un lama, il vous suffit de fournir quelques informations basiques (nom, prénom, adresse complète, téléphone, adresse e-mail) et renvoyer les informations accompagnées d’un règlement de 60 € à l’ordre de Ahuana, à :
Association AHUANA
4, rue Bourbon
60860 PISSELEU
FRANCE

vendredi 20 avril 2007

De la politique en Equateur

Le week-end dernier a eu lieu en Equateur un referendum national (faisant suite à l’élection de Rafael Correa et à sa prise de poste comme président en janvier dernier).
Le referendum avait pour question : « Approuvez-vous la constitution et la mise en place d’une assemblée constituante munie des pleins pouvoirs, conformément au statut électoral ci-joint, dans le but de modifier le cadre institutionnel de l’Etat et d’élaborer une nouvelle constitution ? »

Ma curiosité et mon appétit insatiable pour la politique m’ont poussés à essayer d’entrer dans un bureau de vote du village où je me trouvais ce jour-là (à Cuiroga, dans la province d’Imbabura, au nord du pays).
Un petit sourire devant Monsieur le Militaire à l’entrée, et me voici dans la cour de l’école (ici, tous les votes se déroulent dans des écoles). Je me balade dans la cour, un autre officier s’approche de moi, me prenant pour un observateur international envoyé par une ONG. Je le remets dans la vérité, et il continue en m’expliquant comment se déroule le vote ici.




Voici ce que j’ai pu observer :

Les hommes et les femmes ne votent pas dans les mêmes pièces. J’ai eu beau en demander plusieurs fois la raison, je n’ai pas trop réussi à obtenir quelque chose de convaincant (« parce que ça va plus vite comme ça », « parce que les hommes ne savent pas respecter les files d’attente »… m’a-t-on expliqué). Sûrement pour que les hommes n’essaient pas d’influencer les femmes dans leur vote, en fait.



Ensuite, voici à quoi ressemble le bulletin de vote (là, il faut cocher sur le bulletin), pas facile quand on sait pas lire !

L’isoloir (un simple carton derrière lequel se cacher « pour respecter le secret du vote »)


Et l’urne dans laquelle déposer le bulletin



Et surtout, sachez qu’ici, du vendredi midi précédent le vote au lundi midi, il est strictement interdit, dans tout le pays, de boire de l’alcool et de danser !!!!! Pas facile …

En Equateur, le vote est obligatoire (on vous remet un certificat de votation, qui vous est indispensable pour toutes les démarches administratives). Sinon, ceux qui ne votent pas doivent payer une amende assez lourde.

Je me demande juste combien de personnes ont réellement été en mesure de lire le texte qui leur a été soumis et dont ils n’avaient, je pense, que peu de moyens de se procurer le contenu avant d’arriver au bureau de vote puisque celui-ci ne leur a pas été envoyé par courrier avant (dans bien des communautés comme celle de San Francisco où je vis, il n’y a pas de courrier qui arrive d’ailleurs). Il était disponible sur Internet, m’a-t-on dit ! Surtout quand on pense au taux d’analphabétisme qui s’élève à 9,5 % dans le pays (pus spécifiquement, on compte 16,5 % d’analphabètes dans le Chimborazo où je vis, et 43 % dans la population indigène rurale de la province).

Au final, l’Assemblée Constituante a été acceptée à 78 %. Un nouveau départ, je l’espère, pour ce pays qui le mérite bien, et qui a bien du mal avec ses institutions corrompues et ses gouvernements instables.


Ce dimanche, c’est à notre tour de voter. J’espère qu’on fera tous le bon choix...

Esmeraldas, incursion en terre afro

L’Equateur est un pays peuplé de Blancs (descendants directs des colons espagnols), de Métis (descendants de Blancs et d’Indigènes), d’Indigènes (méprisés par les Blancs et les Métis), et de Noirs, on les oublie trop souvent, encore plus mal considérés que les Indigènes et qui subissant le racisme de toutes les autres catégories de la population.

Je suis allée passer une semaine dans une province perchée tout au nord du pays, à la frontière colombienne, sur la côte pacifique : la Province d’Esmeraldas.
Pendant longtemps, cette province était peuplée seulement de Noirs et d’Indigènes, complètement abandonnée des Equatoriens et Colombiens, isolée par son accès difficile (elle a connu plusieurs vagues de migration : 1543 : arrivée du premier groupe de Noirs échoués sur la côte / 1810-1820 : découverte des mines d’or et envoi d’esclaves Noirs / puis les Cimarons, les Noirs qui s’échappent de leur condition d’esclaves et se réfugient dans la province). Aujourd’hui, la province compte aussi une très forte présence des Colombiens qui fuient la guérilla et l’armée.

J’ai vraiment adoré cette région où les hommes dégagent une vraie joie de vivre.

On y trouve bien sûr des plages superbes ...






Mais aussi des petits ports de pêche authentiques








Des maisons-cabanes, comme je les aime ...


Et une population adorable !





Cette incursion en Esmeraldas avait surtout pour objet le rassemblement du groupe Equateur du Comité Episcopal France-Amérique Latine. Nous avons en effet, pendant une semaine, été réunis avec les prêtres, sœurs et volontaires français (les athées étaient aussi bien sûr de la partie) pour partager nos expériences et débattre de la situation du pays, mais aussi de la place de l’Eglise en Amérique Latine.
Le groupe était composé de quelques jeunes volontaires et de prêtres et sœurs présents en Equateur depuis 25 ou 30 ans. A 60 ou 70 ans, ils relevaient tous d’un dynamisme et d’un sens de l’humour indéfectibles. Avec une ouverture d’esprit et un sens critique (fort développé notamment à l’encontre des instances hiérarchiques de l’Eglise catholique) qui me réconcilieraient presque avec l’Eglise…
Voici à quoi ressemblent les réunions de travail en Esmeraldas !!!

Semaine Sainte et procession

La Semaine Sainte est ici, comme dans beaucoup de pays fervents catholiques, un des moments les plus forts de l’année.
Elle donne notamment lieu à des processions. La plus célèbre est celle de Quito qui se déroule le Vendredi Saint. Moi, personnellement, ça me fait plutôt flipper de voir ces hommes encagoulés (un relent de mauvais souvenir de Ku Klux Klan, je crois), mais je vous laisse découvrir.




Celui-ci a choisi pour pénitence de porter une croix 100 fois trop lourde pour lui. Impossible d’avancer, il doit se faire aider de plusieurs personnes et secouristes.



Des vrais fils barbelés sur le corps, avec des vraies entailles…


Et une procession moins flippante, dans les superbes rues du Vieux Quito

Un p’tit tour à la garderie


Parmi les projets soutenus par Ahuana, il n’y a pas que les projets de développement économique, mais aussi des projets à caractère social.
Le nombre d'enfants en bas âge dans les communautés est très important. D’où la nécessité de mettre en place des structures susceptibles de les accueillir.
Les garderies répondent à des objectifs multiples :
- Construire une structure adaptée aux activités d'éveil et d'apprentissage,
- Fournir au moins un repas équilibré par jour à chaque enfant,
- Faciliter la vie et le travail des mères : en effet, avec la migration importante des hommes en ville en raison de l'importante crise économique, les femmes ont une charge de travail quotidienne extrêmement pénible.

Je suis allée passer un peu de temps dans l’une de ces garderies, à Gaushi, avec Marielle (volontaire ici pour 2 ans sur les projets sociaux).
Malgré sa patience et ses grandes qualités professionnelles, Marielle m’explique pourtant que les objectifs de ces garderies ne sont pas tous remplis. Les mamans qui s’occupent de ces garderies ne sont pas toujours tout ce qu’il y a de plus motivé, ou sont complètement débordées par le nombre d’enfants à s’occuper. Elles ont donc pas mal tendance à délaisser les « activités d'éveil et d'apprentissage ». Quand à la notion d’hygiène, je vous passe les détails…

Mais pour le plaisir des yeux, je vous laisse vous délecter des adorables bouilles de ces enfants.







Le programme "théorique" de la journée



La séance de lavage des mains



Marielle apprend aux enfants le corps humain



Le déjeuner



Et la sieste…


mardi 3 avril 2007

Cuenca – Ingapirca : l’histoire de l’Equateur, à la trace


Cuenca est la 3ème ville d’Equateur, mais aussi peut-être le plus beau joyau architectural du pays. Le centre historique, marqué par l’architecture coloniale, y a gardé toute son authenticité, ses étroites rues pavées, ses bâtiments blancs coiffés de tuiles rouges, ses jolies places, les rives verdoyantes du Rio Tomebanba, et ses innombrables églises qui rivalisent de beauté.







Ici, la plus fameuse et la plus grande : la cathédrale de la Inmaculada Concepcion






Mais aussi :

L’église el Camen de la Ascencion et son marché aux fleurs


L’église de Turi






L’église de San Blas



L’église de San Sebastian


Et bien d’autres encore… Moi qui suis passionnée par l’architecture et les lieux de culte, j’ai été aux anges.

Cuenca est aussi la ville la plus européanisée d’Equateur, ce qui se ressent non seulement dans l’architecture, mais aussi dans les comportements, et surtout les endroits où sortir !!!!




Catherine et Sophie s’occupent comme elles peuvent en attendant le bus…




C’est enfin la capitale du célèbre Panama (ce chapeau de paille souple fabriqué depuis les années 1800 doit le quiproquo sur son nom au fait qu’il était porté en masse par les ouvriers du canal de Panama). Regardez un peu comme j’ai un beau chapeau !!!!!






Ensuite, nous avons pris la route d’Ingapirca, pour continuer ce périple historique. Ingapirca est le plus grand site Inca du pays. Il fut construit, à la fin du XVème siècle, lors de l’expansion Inca dans l’actuel Equateur. Sa structure principale faisait office de Temple du Soleil, lieu cérémoniel et observatoire solaire.









Et enfin, parce que les femmes sont si belles ici dans leurs tenues traditionnelles portées tous les jours, un petit sourire de la part des « guapas » de la région.