samedi 31 mars 2007

La journée d’une femme à San Francisco




Les quelques temps que j’ai pu passer ici, au sein de la communauté de San Francisco, m’ont permis de percevoir un peu, au gré des conversations avec les dites-femmes et avec les personnes qui vivent ici depuis longtemps, à quoi ressemble la journée d’une femme de San Francisco de Cunuguahay.

Pour elle, tous les jours se déroulent certainement tous assez invariablement comme cela : se lever à 5h du matin (ou peut-être plus tôt) pour aller couper l'herbe pour les animaux et amener les animaux aux champs, rentrer à la maison cuisiner pour toute la famille, et ramener du bois pour la cuisine, retourner désherber les champs de pommes de terre, labourer et planter pendant des heures, donner le sein au petit dernier qu’elle porte sur son dos toute la journée, aller vendre quelques petits animaux au marché de Riobamba, rentrer à la maison épuisée, mais la journée n’est pas terminée. Il faut encore aller rechercher les moutons aux champs, cuisiner pour le soir, voir son mari rentrer ivre mort après avoir dépensé tout ce qu'il a gagné aujourd'hui, manger en famille le même plat qu’hier et que tous les jours précédents, aller à la réunion communautaire pour parler de la minga de demain . Et enfin rentrer chez soi, érientée. Penser à sa nuit de sommeil bien méritée, mais c’est certainement sans compter sur son mari qui fera une réapparition après avoir un peu désoaoulé et qui exigera peut-être des relations sexuelles, que sa femme en ait envie ou pas...


Heureusement que la vie est aussi ponctuée de jours de fête...


La vie à la Casa del Turismo

2 mois que je suis ici, déjà ! Il est tant que je vous montre maintenant à quoi ressemble le quotidien, la vie à la maison.
C’est comme la vie dans une grande colocation. Il y a en permanence le Padre (Pierrick), 4 ou 5 volontaires et quelques touristes de passage, qui restent en général bien plus longtemps qu’ils n’avaient prévu car c’est vrai qu’on se sent vraiment bien ici.
Je vous montre :

La maison vue de l’extérieur


Activité lessive sur le toit, avec vue sur le Tungurahua, l’Altar et les activités des champs
Le vue sur le village depuis la terrasse

Le couloir pour arriver à ma chambre


Ma chambre (un dortoir pour 4 personnes)




La vue de ma chambre


Le salon et ses multiples activités artistiques, intellectuelles et drôlatiques



Juliana, notre cuisinière



Le repas dans la cuisine (rarement moins de 9 !)




On a meme droit a quelques visites quotidiennes bien sympathiques... comme l'adorable petit Andy




Tout ca pour dire qu'on a bien de la chance, c'est tout confort ici !

jeudi 29 mars 2007

Palacio Real, ou ma participation au projet d’une communauté



L’un des projets sur lesquels je travaille le plus ici depuis mon arrivée, c’est celui de Palacio Real, une communauté indigène qui compte 80 familles, qui se consacrent pour la plupart à l’agriculture et à l’élevage.

La réintroduction de lamas en 2004 a permis à la communauté de mettre en place, à sa propre initiative, un projet de développement économique durable : un pôle d’activités qui rassemble un restaurant de viande de lama, une filature et une teinturerie de laine de lama, ainsi qu’un musée consacré au lama et à sa place dans la culture indigène.

Le batiment a l'etat actuel (il manque encore quelques amenagements) :
a gauche la filature - au milieu, le restaurant - a droite, le musee




Le restaurant et ses 3 charmantes cuisinieres



Aujourd’hui, ce sont 60 familles qui se partagent 150 lamas et alpacas.






Ce projet porte le nom de “Sumak Kawsay”, qui signifie « Bonne vie » en quichua.
L’animal présente, en effet, des intérêts à valoriser, et devrait permettre de :

- Enrayer la malnutrition qui touche particulièrement la région, car la viande de lama est l’une des viandes les plus riches en protéines qu’il existe, et son taux de graisse est extrêmement faible.

- Faire face à la pauvreté, grâce :
à la laine de lama (utilisée pour la fabrication de vêtements chauds, de produits d’artisanat, ou la vente directe),
à la viande de lama (auprès des populations métisses et indigènes du pays grâce à ses qualités nutritionnelles, ou dans le restaurant de Palacio),
et à l’aspect culturel du lama (avec le petit écomusée qui accueille les touristes désireux d'en connaître d’avantage sur cet animal méconnu en Occident).
- Valoriser la culture des indigènes. La réintroduction du lama en Equateur permet également à la population indigène de se réapproprier sa propre culture, en très grande partie oubliée et dépréciée aujourd’hui.
- Protéger l’écosystème, car les pieds des lamas sont pourvus de coussinet, ils coupent l’herbe sans l’arracher, et produisent un engrais très riche qui fertilise le sol.
Vieille femme de Palacio Rela filant la laine de lama

Le projet a été inauguré l’été dernier, et il s’agit aujourd’hui de la promouvoir, pour qu’il prenne tout l’essor que l’on peut espérer.

Puisque je suis en charge ici de la communication, j’ai donc travaillé à la promotion directe du projet : impression des nouveaux documents de communication, et sous peu leur diffusion auprès des agences de voyages, touristes, par Internet…

Mais il s’agit aussi d’organiser un événement d’envergure, capable de faire venir un maximum de personnes sur le site et de le faire connaître nationalement.
Nous avons donc engagé, à l’initiative de Pierrick, l’organisation de la
« Primeria Expo-Feria de los Camelidos Sudamericanos »
les 21 et 22 juillet prochains, à Palacio Real

Ce grand rendez-vous régional sera l’occasion de récompenser les meilleurs lamas de la région dans plus de 20 catégories, de vendre fibres, viandes de lamas et artisanat, de mettre à l’honneur la culture Quichua avec des concours de chants et de danses, et de débattre des enjeux liés à la réintroduction des lamas.
Si certains d'entre vous passent par la a cette periode, surtout, venez y faire un tour...

L’organisation d’un tel projet a commencé par des réunions tardives et interminables avec la Directiva de Palacio Real (une sorte de conseil municipal de la communauté, composé d’une dizaine de représentants qui ont été désignés à l’unanimité par la communauté, comme cela fonctionne toujours dans le milieu indigène). Ces réunions m’ont donné l’occasion d’entrevoir comment se prennent les décisions dans les communautés et le poids du protocole dans tout cela (que d’heures nous avons passées à nous remercier mutuellement de notre présence ici… !!!).
Et quand il a fallu mettre les choses en place concrètement, j’ai pu percevoir à quel point notre façon de travailler est bien différente.
J’avais moi, en tant que « responsable » de la partie communication et organisation événementielle, rédigé une longue note détaillée avec le plan de communication complet et l’ensemble des tâches à réaliser.
Ils ont, eux, été beaucoup plus intéressés par l’autre question : quels allaient être les invités officiels de la manifestation (avant même de savoir ce qu’allait contenir exactement notre manifestation)… Certainement parce qu'ils etaient fiers de savoir qu'enfin des metis et indigenes a responsablites allaient leur faire l'honneur de venir dans leur commuanute (car la population indigene reste ici globalement assez coupee et discriminee par rapport aux autres franges de la population).

Passée cette étape, il s’agit maintenant de mettre en place les outils et chercher les moyens matériels et financiers. Pour cela, je travaille avec Carmen, une indigène d’une autre communauté qui fait des études d’économie qui seront validees sur le suivi de ce projet, et Jorge, l’ingénieur du Ministère de l’agriculture en charge aussi du projet. Bonne humeur et blagues garanties lors de nos réunions de travail !

Groupe de femmes de Palacio Real

Pendant la campagne présidentielle, il n'y a pas que les candidats qui font les marchés...

Quand on a la chance de voyager, on le sait, un des meilleurs moyens de découvrir une culture, c’est de se balader dans les marchés.
Ces lieux de rencontres et d’échanges sont au cœur de la vie quotidienne des habitants d’ici. Bien au-delà, pour le voyageur, ils sont aussi un moyen de mettre tous ses sens en éveil. Sentir ces odeurs différentes et leurs mélanges, voir ces couleurs et leur harmonie, entendre les crieurs essayer de vendre leurs produits invraisemblables, toucher des fruits inconnus dans nos contrées, et finir par les goûter….

Je ne pourrai pas ici vous permettre de ressentir tout cela, je vais juste essayer, par ces quelques photos, de vous en faire entrevoir l’ambiance.


Le marché de RIOBAMBA, le samedi

Marché aux fruits et légumes, et tout ce qui se mange...




























Marché aux bestiaux









Marché artisanal









Le marché de GUAMOTE (à 1h de San Francisco), le jeudi :
absolument tous les coins et recoins de la ville sont ici occupés par ce marché d’indigènes, par les indigènes et pour les indigènes (le jour où nous l’avons visité, nous étions vraiment les seuls étrangers de toute la ville)











vendredi 23 mars 2007

Quand San Fransisco reçoit le Ministère de l Agriculture

Il y a quelques jours, des représentants du Ministère de l Agriculture et de l Elevage sont venus rendre une visite officielle a la Communauté de San Fransisco, pour faire l’état des lieux du tank d’eau qu ils avaient aidé a financer.

Une venue comme ça, ça ne s improvise pas ! Tout commence la veille au soir, quand toute la communauté se réunit dans la minuscule cuisine du groupe des femmes pour préparer le déjeuner du lendemain : a cette heure-ci, il s agit de préparer les « cuys » (les cochons d Inde, la spécialité d ici, ils en raffolent !) et la fameuse « chicha de maïs » (boisson alcoolisée qu ils boivent ici comme du petit lait). Je me joins a eux, et j ai droit a mon grand verre de Chicha avant d aller me coucher !





Le lendemain, ça recommence très tôt. Dès 6 heures du matin, les femmes (aidées de quelques hommes) sont déjà reparties a cuisiner, éplucher et découper des quantités industrielles de patates. Je me demande ce qu ils vont faire de tout ça !







A midi, la délégation du Ministère arrive : 6 personnes. Une visite rapide, et c est la que les choses sérieuses commencent : le repas !

Je suis très fortement conviée et a me joindre a déjeuner a la table des invites.
Au menu : un cochon d Inde grillé par personne + une ENOOOORME assiette de patates + des fèves + du « mote » (du gros maïs blanc) + du Coca + de la Chica + du Zoumir (cet alcool-la, c est du costaud). Si on ne mange pas tout, il ne faut pas oublier qu ici on ne refuse surtout pas ce qu on vous propose et que, de toutes façons, ils distribuent des sacs plastiques a la fin du repas pour ramener chez soit les restes (ça tombe bien !).
Un déjeuner vraiment très sympa ! Il faut dire que c est des marrants les responsables du Ministère.



Le seul hic, c est que je ne comprends pas ou sont les gens de la communauté. En fait, la table des invites comprend : les 6 membres du Ministère, Pierrick (le prêtre responsable de l association), Jean-Antoine (une autre volontaire) et moi. Mais absolument personne de la communauté. A part ceux qui nous servent Zoumir sur Chichas.
Toutes les personnes de la communauté sont en fait en train de manger dehors, rassemblées dans la cour devant, par terre.




Moi, ça me fait tres bizarre, car je n avais rien a faire a cette table avec les personnes du Ministère (je n ai en effet rien a voir avec le projet du tank). Je suis juste une volontaire qui aide a certains des autres projets. Mais j en ai parle, et il semble que cela soit tout a fait normal, et même que ça leur fait plaisir… Juste parce que je suis « banche »…

Les differences, c est pas toujours si facile a vivre...


Et on n oublie surtout pas de resservir un verre de Chicha au conducteur avant qu il ne reprenne le volant !

En balade chez les condors...

La province du Chimborazo est un coin idéal pour les randonneurs. Un de ces dimanches, on s est donc décidés a aller faire une petite marche a la Casa Condor, une communauté non loin de San Fransisco, perchée au creux du Chimborazo (qui est, je vous le rappelle, le sommet le plus haut des Andes équatoriennes, mais on peut aussi considérer que c est le plus haut sommet du monde, ou du moins dont le sommet est le plus éloigné du centre de la terre. En effet, la terre a une forme d'ellipsoïde, dont le rayon est environ 21 km plus important à l'equateur qu'aux pôles, et le Chimborazo est proche de cet équateur, plus que les sommets de l' Himalaya. Pour cette même raison, le sommet du Chimborazo a aussi la distinction d'être le point de la surface de la terre le plus proche du soleil ! "Merci Wiki").


Je vous laisse découvrir ces paysages magnifiques, bien differents encore de tout ce que j avais pu voir jusque-la dans ce pays :


























Sur la route, on a croisé une très vieille femme, qui marchait seule et pieds nus, avec son troupeau d alpacas (des lamas « sauvages »).




C est bien connu, la marche, ca creuse...

La Casa Condor est une toute petite communauté (20 familles maximum) pauvre qui cherche a se développer aujourd’hui grâce au tourisme communautaire.








Si vous voulez voir quelques autres exemples de tourisme communautaire, vous pouvez consulter le site de la CORDTUCH (la coordination pour le développement du tourisme communautaire dans la province du Chimborazo, justement !), dont font partie les projets de San Fransisco et de Palacio Real, et avec qui nous travaillons : http://www.cordtuch.org.ec/