jeudi 29 mars 2007

Palacio Real, ou ma participation au projet d’une communauté



L’un des projets sur lesquels je travaille le plus ici depuis mon arrivée, c’est celui de Palacio Real, une communauté indigène qui compte 80 familles, qui se consacrent pour la plupart à l’agriculture et à l’élevage.

La réintroduction de lamas en 2004 a permis à la communauté de mettre en place, à sa propre initiative, un projet de développement économique durable : un pôle d’activités qui rassemble un restaurant de viande de lama, une filature et une teinturerie de laine de lama, ainsi qu’un musée consacré au lama et à sa place dans la culture indigène.

Le batiment a l'etat actuel (il manque encore quelques amenagements) :
a gauche la filature - au milieu, le restaurant - a droite, le musee




Le restaurant et ses 3 charmantes cuisinieres



Aujourd’hui, ce sont 60 familles qui se partagent 150 lamas et alpacas.






Ce projet porte le nom de “Sumak Kawsay”, qui signifie « Bonne vie » en quichua.
L’animal présente, en effet, des intérêts à valoriser, et devrait permettre de :

- Enrayer la malnutrition qui touche particulièrement la région, car la viande de lama est l’une des viandes les plus riches en protéines qu’il existe, et son taux de graisse est extrêmement faible.

- Faire face à la pauvreté, grâce :
à la laine de lama (utilisée pour la fabrication de vêtements chauds, de produits d’artisanat, ou la vente directe),
à la viande de lama (auprès des populations métisses et indigènes du pays grâce à ses qualités nutritionnelles, ou dans le restaurant de Palacio),
et à l’aspect culturel du lama (avec le petit écomusée qui accueille les touristes désireux d'en connaître d’avantage sur cet animal méconnu en Occident).
- Valoriser la culture des indigènes. La réintroduction du lama en Equateur permet également à la population indigène de se réapproprier sa propre culture, en très grande partie oubliée et dépréciée aujourd’hui.
- Protéger l’écosystème, car les pieds des lamas sont pourvus de coussinet, ils coupent l’herbe sans l’arracher, et produisent un engrais très riche qui fertilise le sol.
Vieille femme de Palacio Rela filant la laine de lama

Le projet a été inauguré l’été dernier, et il s’agit aujourd’hui de la promouvoir, pour qu’il prenne tout l’essor que l’on peut espérer.

Puisque je suis en charge ici de la communication, j’ai donc travaillé à la promotion directe du projet : impression des nouveaux documents de communication, et sous peu leur diffusion auprès des agences de voyages, touristes, par Internet…

Mais il s’agit aussi d’organiser un événement d’envergure, capable de faire venir un maximum de personnes sur le site et de le faire connaître nationalement.
Nous avons donc engagé, à l’initiative de Pierrick, l’organisation de la
« Primeria Expo-Feria de los Camelidos Sudamericanos »
les 21 et 22 juillet prochains, à Palacio Real

Ce grand rendez-vous régional sera l’occasion de récompenser les meilleurs lamas de la région dans plus de 20 catégories, de vendre fibres, viandes de lamas et artisanat, de mettre à l’honneur la culture Quichua avec des concours de chants et de danses, et de débattre des enjeux liés à la réintroduction des lamas.
Si certains d'entre vous passent par la a cette periode, surtout, venez y faire un tour...

L’organisation d’un tel projet a commencé par des réunions tardives et interminables avec la Directiva de Palacio Real (une sorte de conseil municipal de la communauté, composé d’une dizaine de représentants qui ont été désignés à l’unanimité par la communauté, comme cela fonctionne toujours dans le milieu indigène). Ces réunions m’ont donné l’occasion d’entrevoir comment se prennent les décisions dans les communautés et le poids du protocole dans tout cela (que d’heures nous avons passées à nous remercier mutuellement de notre présence ici… !!!).
Et quand il a fallu mettre les choses en place concrètement, j’ai pu percevoir à quel point notre façon de travailler est bien différente.
J’avais moi, en tant que « responsable » de la partie communication et organisation événementielle, rédigé une longue note détaillée avec le plan de communication complet et l’ensemble des tâches à réaliser.
Ils ont, eux, été beaucoup plus intéressés par l’autre question : quels allaient être les invités officiels de la manifestation (avant même de savoir ce qu’allait contenir exactement notre manifestation)… Certainement parce qu'ils etaient fiers de savoir qu'enfin des metis et indigenes a responsablites allaient leur faire l'honneur de venir dans leur commuanute (car la population indigene reste ici globalement assez coupee et discriminee par rapport aux autres franges de la population).

Passée cette étape, il s’agit maintenant de mettre en place les outils et chercher les moyens matériels et financiers. Pour cela, je travaille avec Carmen, une indigène d’une autre communauté qui fait des études d’économie qui seront validees sur le suivi de ce projet, et Jorge, l’ingénieur du Ministère de l’agriculture en charge aussi du projet. Bonne humeur et blagues garanties lors de nos réunions de travail !

Groupe de femmes de Palacio Real

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